mercredi 15 décembre 2010

Jean Follain



De même substance
semblent la feuille, la pierre
le pas qui s'entend seul;
en comprimant sa poitrine
de ses bras gracieux
la fille d'une nuit chaude
s'oblige à s'asseoir et dormir
un moment sur son épaule nue
l'oiseau bat de l'aile
avant de rejoindre
la hutte où vit l'inconnu
aux yeux grands ouverts.
(Plein jour)
On a tort de ne pas lire Jean Follain autant qu'il faudrait. C'est une poésie gorgée de vie. La vie matérielle y fait suffoquer l'esprit, on est pris dans la tourmente d'être-là, le désir y est beau comme un soleil et l'ombre s'y range sous les choses.
Certes, Jean Follain doit beaucoup à Pierre Reverdy, sa lecture nous en convainc : mais il fait encore autrement. On s'étonne qu'il soit resté insensible au surréalisme, mais ayant bu le lait de ses précurseurs, il savait déjà tout cela. Alors il nous faut maintenant soit ses oeuvres complètes, soit un bon gros livre rassemblant ses meilleurs recueils...

Ce jour-là une femme dit :
Qui veut me porter mon fils
il est lourd et la nuit revient.
O temps des légumes terreux
rouges ouverts
des navets vineux
dans un jardin bordé d'épines
sous un ciel de silence accepté
temps que je n'ai plus
pourtant ce monde reste réel
et j'aime à voir sa beauté.
(Plainte)
Deux poèmes de "Appareil de la terre", Gallimard, 1964.
Pour la Poésie,
Jean-Marie Perret.

4 commentaires:

valdeck rocher a dit…

Bonjour
Je lis régulièrement vos posts et je vous en remercie. C’est vraiment passionnant ! Je sors pour une fois de mon silence pour vous faire part de ma lecture de Folle Alliée par Emma Psyché, un roman sombre sur la deuxième guerre mondiale et la déportation des homosexuels.
J’ai été très étonné de cette lecture bouleversante, je n’ai pas lâché le livre avant de l’avoir fini et je l’ai, depuis, relu avec plaisir.
Connaissez-vous cette auteur ? Ce roman ? J’aimerais connaître votre avis, c’est important pour moi de partager cette vive émotion et de savoir ce que quelqu’un d’important pour moi comme vous l’êtes peut en penser.
Je ne sais si vous trouverez un exemplaire quelque part en librairie, il date de 2003. J’ai vu qu’il s’en vendait d’occasion sur amazon.fr - cependant j’ai acheté le mien sur ebay.fr tout bêtement, à l’auteur qui dédicace d’ailleurs les exemplaires vendus (moins chers en plus !)
Merci
AAron

Khalid a dit…

Ce qui fait la spiritualité d’une œuvre, c’est cette part de vérité qu’elle tente d’éclairer en nous invitant à découvrir et à développer la réalité spirituelle qui est en nous. L’auteur d’une œuvre spirituelle recherche, à travers son travail, une libération du faux et de l’injuste.(Alex Mero)

Victor Dali a dit…

Merci de la découverte !

Laure Duval a dit…

RAPHAËL ZACHARIE DE IZARRA, CET UNIVERS

Parlant du Cosmos, des cathédrales, de la Lune, de la femme (laide, belle, vieille, méchante, chaste ou vulgaire) de l'amour (transcendant le temps, total, mystérieux, cruel, désespéré, courtois ou bestial) de l'homme (noble, étrange, déchu, inaccompli, ou royalement angélique) de la mort (comme étape du grand spectacle de la vie ou bien envisageant avec courage et romantisme son propre départ) le Verbe de Raphaël Zacharie de Izarra éclate de force, beauté et vérité

Ses personnages sont l'humble bedeau qui maîtrise le chant divin des cloches, des vieilles oubliées par tous dont le coeur cache une ancienne tragédie d'amour, des moines, des nains, des bossus, des êtres mystérieux ou des filles simples vivant dans des fermes sans éclat, le coeur rempli d'étoiles, des radins, des vieilles filles bigotes, hypocrites et cruelles, des terroristes déshérités du destin, des mendiantes boiteuses ou bien ses propres amantes. L'humanité entière -entre l'abruti de base et l'homme qui vole, entre la rigole de la misère et les fleurs froides de l'empyrée- se retrouve fouettée et saluée par la plume de cet auteur.

Il est en même temps la voix de ceux qu'on ne peut pas entendre, de ceux qui ne peuvent pas s'exprimer : des anges et vétérans de guerre, du Christ et de l'enfant trisomique en détresse, de la Camarde et de la jeune fille mourante

Les articles écrits par Raphaël Zacharie de Izarra dénoncent l'imposture artistique et surtout celle littéraire, le mensonge étatique, la guerre, les clichées sociaux du travail et des vacances, le matérialisme, les habitudes alimentaires grossières, l'hystérie anti-islamique, le lavage de cerveau des masses par la télévision et la publicité. Il dénonce avec férocité toute paresse, mollesse, mensonge et ânerie. Dur comme l'acier, outrancier, cynique et plein d'humour à la fois, surprenant jusqu'à l'insupportable, son propos reste lumineux et force la pensée tout en hauteur.

Il ne chatouille jamais dans le sens du poil, il oblige l'intelligence à grandir, là où elle existe et les nerfs à crier la où elle est absente.

Personnage singulier de son oeuvre, l'auteur lui même se présente avec franchise, fantaisie et humour. Sous les traits du Peter Pan joyeux et cruel, du sensible Pierrot inadapté, au-delà de l'ego d'un beau Narcisse, des tics du radin, des griffes de l'Esthète féroce avec les femmes, les enfants et les chiens, du Maître des mots tendre avec les chats, entre les ailes cachées de l'ange, les tristesses du chantre des cailloux et le noble front du Prince des étoiles, à nous de trouver son vrai visage et même le nôtre si on fait le chemin de la connaissance avec bonne foi. Parce que la personnalité de Raphaël Zacharie de Izarra comprend, entre les deux Z de son nom comme entre deux ailes célestes, le carré des quatre R : la Terre royalement unie au Ciel.

Une oeuvre comme une cathédrale où l'on doit dépasser la peur de gargouilles, entrer dans le noir pour le scintillement plurivalent des vitraux de son esprit, chanter une unique symphonie divine.

Immense comme l'Univers, simple et sublime comme la lumière.

Article écrit par Liliana DUMITRU

http://izarralune.blogspot.com/