lundi 10 novembre 2008

David Jasmin Barrière


L'Eléphant, infesté de nids, continue sa progression vers de nouveaux sols, tous munis de systèmes digitaux. Je le chasse à coups de raquette. Je creuse sa tombe. Repoussé, il change de direction et emprunte le chemin d'un monde dangereux, plus engouffrant que l'imaginaire, un pays aux villes, décombres, lacs, fossés, merveilles et champs de bataille fertilisés par la décomposition des cônes melon rayés de bandes perle. De cette zone fumante, d'une de ces crevasses d'artillerie, se construit une fenêtre ronde, un hublot sous-marin, mon oeil droit, tordu par le paysage...
Bonheur de se plonger dans un livre qui se lit, un vrai livre fait pour ça : de l'énergie, du mouvement - quelque chose se dévide dans ces pages d'un bout à l'autre comme un fil, avec une invention, un bonheur d'expression, une fraîcheur pour tout dire témoignant de l'intention de prendre le lecteur, où qu'il soit, dans les rets de l'écriture, pour le mener où il n'aurait jamais songé aller. Et celui-ci - le lecteur, donc - charmé de l'aventure, enchanté, vanné, n'a plus qu'un mot en reprenant son souffle : merci...
A vrai dire, l'invention est cocasse, et l'on songe souvent à Jarry, à Vian, à Béalu. Cet Eléphant (au E toujours majuscule) sorti de rien entre Montréal et Pittsburg, qui surgit impromptu des moleskines d'un café ou des glaces de la Baie d'Hudson, serait-il la nature-même ou l'imagination, le réel ou le fantastique, un démon, ou bien un dieu "contemporain de Zeus" lui-même ? Tout au long des quatre "actes" - chacun comptant six "scènes" - il paraît, ruse ou charge, ne cherche qu'à en découdre. Et l'homme, bien seul devant ces humeurs énormes et redoutables, n'a plus que le choix d'en venir à bout. D'où des chasses dignes d'un Roussel : "Pourquoi je n'ai jamais traqué le grand fauve en Afrique australe"... et préféré écrire un livre !
La terre saute. Il a chargé à la vitesse de la mouffette et m'empale maintenant à coups d'arbres déracinés, de ses longues défenses écharneuses. Il frappe fort, me saigne à débit de tuyaux percés, fait trembler les murs que je croyais indestructibles. Ensuite, dans les libellules de l'instant, il m'attrape, m'entoure par la trompe, me lève, me brise, me lance, me piétine et m'écrase en peau de darbouka, sous ses sept pattes. Je suis dérouté. Il me tond jusqu'à ce qu'enfin, l'iris dans l'ombre, j'évite le dissecteur en roulant sur le côté.
On aura vu passer aussi les ombres de Rimbaud et Lautréamont (davantage que celle des surréalistes, dûment invoqués), dans ces lignes qu'il faut recommander aux blasés du poème. Poésie, c'est d'abord joie de lire : cet Eléphant - un premier livre fort bien venu - l'atteste.
Jean-Marie Perret.
  • L'Eléphant, par David Jasmin Barrière, L'Hexagone, Québec, octobre 2008.

1 commentaire:

kin'xp a dit…

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