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mercredi 15 décembre 2010

Jean Follain



De même substance
semblent la feuille, la pierre
le pas qui s'entend seul;
en comprimant sa poitrine
de ses bras gracieux
la fille d'une nuit chaude
s'oblige à s'asseoir et dormir
un moment sur son épaule nue
l'oiseau bat de l'aile
avant de rejoindre
la hutte où vit l'inconnu
aux yeux grands ouverts.
(Plein jour)
On a tort de ne pas lire Jean Follain autant qu'il faudrait. C'est une poésie gorgée de vie. La vie matérielle y fait suffoquer l'esprit, on est pris dans la tourmente d'être-là, le désir y est beau comme un soleil et l'ombre s'y range sous les choses.
Certes, Jean Follain doit beaucoup à Pierre Reverdy, sa lecture nous en convainc : mais il fait encore autrement. On s'étonne qu'il soit resté insensible au surréalisme, mais ayant bu le lait de ses précurseurs, il savait déjà tout cela. Alors il nous faut maintenant soit ses oeuvres complètes, soit un bon gros livre rassemblant ses meilleurs recueils...

Ce jour-là une femme dit :
Qui veut me porter mon fils
il est lourd et la nuit revient.
O temps des légumes terreux
rouges ouverts
des navets vineux
dans un jardin bordé d'épines
sous un ciel de silence accepté
temps que je n'ai plus
pourtant ce monde reste réel
et j'aime à voir sa beauté.
(Plainte)
Deux poèmes de "Appareil de la terre", Gallimard, 1964.
Pour la Poésie,
Jean-Marie Perret.